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WINTZENHEIM.HISTOIRELes Archives de l'ancien évêché de Bâle |
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Les archives criminelles et celles des procès en sorcellerie de l’ancien évêché de Bâle, stockées à Porrentruy dans le Jura suisse, sont accessibles au grand public en ligne. L’Alsace est concernée car le tribunal ecclésiastique exerçait sa compétence sur notre région.
Le portail de recherche fonctionne par mot-clef, ici par exemple Altkirch (photo Julien Steinhauser)
« Un eldorado de sources qui parviennent à la lumière. » C’est l’expression utilisée ce mercredi par les dirigeants de la fondation des Archives de l’ancien évêché de Bâle pour qualifier un nouveau portail internet qui permet d’accéder au monde glauque des affaires criminelles entre la fin du Moyen Âge et la Révolution française. Les archives judiciaires de la principauté épiscopale de Bâle peuvent être consultées par tout le monde sur le web.
La “principauté épiscopale”, c’est-à-dire un territoire où
l’évêque exerçait un pouvoir temporel recouvrant le nord-ouest de la Suisse. La
Haute Alsace n’y figurait pas. En revanche, le “diocèse” de Bâle, c’est-à-dire
là où l’évêque n’exerçait que le seul pouvoir spirituel, s’étendait lui sur
toute la Haute Alsace jusqu’à quasiment Sélestat. Le tribunal ecclésiastique
relevant de l’autorité de la principauté épiscopale, ces archives mises en ligne
concernent donc aussi des affaires s’étant produites en Alsace. « Et ce sont
souvent les affaires les plus mystérieuses et les plus intéressantes car les
autorités judiciaires civiles alsaciennes s’avouant désemparées s’en remettaient
au tribunal ecclésiastique », explique le conservateur Jean-Claude Rebetez.
Le curieux découvrira des délits de droit commun comme ce
braconnage qui a mal tourné à Buethwiller et lors duquel un certain Gärber a
grièvement blessé le garde forestier Antoine Reber. Mais le plus souvent, les
juges avaient à se pencher sur des cas de sorcellerie. Ainsi le 30 mai 1617, une
certaine Richarde, déjà connue pour être volage, reconnaît avoir rencontré dans
le bois de Hirtzbach un homme nommé Joli avec qui elle a « eu compagnie », sans
plaisir est-il précisé, avant d’accepter de sa part une poudre nuisant aux
humains et au bétail et avoir renié Dieu. Les cas de sorcellerie touchant les
enfants étaient souvent examinés par le tribunal ecclésiastique, comme celui, en
1589, du petit Jacob Omeisen, 11 ans, de Burnhaupt-le-Bas ou encore celui, en
1613, de Markus Hopff, 11 ans, d’Ensisheim, tous deux accusés de se rendre
invisibles pour répandre le mal.
Non triées et non classées jusqu’en 2022, ces archives font
maintenant l’objet d’une numérisation, d’une transcription en allemand ou en
français lisible, puis d’une mise en ligne. Intitulé “Crimes et châtiments”, ce
projet s’achèvera définitivement en 2026. À terme, 25 mètres linéaires
d’archives judiciaires, soit 160 000 pages concernant des affaires qui se sont
produites entre 1461 et 1797, seront ainsi mis à disposition du grand public.
La totalité des documents concernant les procès en
sorcellerie, soit entre 7.000 et 8.000 pages sont déjà traitées et accessibles.
« Ces vieux papiers sont exceptionnels car ce sont des sources narratives, ils
racontent des histoires très concrètes sur les liens entre les gens, l’économie
de l’époque et malheureusement les modes d’exécutions. Nous savons ainsi que
dans la principauté épiscopale de Bâle, 987 personnes, dont seulement 107
hommes, ont été accusées de sorcellerie. Au moins 328 d’entre elles, mais
seulement 26 hommes, ont été exécutées », indique Jean-Claude Rebetez.
Ce projet “Crimes et châtiments” représente pour la
fondation des Archives de l’ancien évêché de Bâle un investissement de 568.000
francs suisses. Mais ce corpus de documents d’époque est désormais l’un des plus
importants mis en ligne dans toute l’Europe.
Les documents sont accessibles sur le site www.aaeb.ch à l’onglet crimes et châtiments
Source : Julien Steinhauser, L’ALSACE du 29 août 2024
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