WINTZENHEIM.HISTOIRE

Lettre de 1944


10 janvier 1944 : Pierre Zind écrit à son frère Jean, au front

Wintzenheim

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Wintzenheim

Pierre ZIND (en religion : Frère Louis-Laurent) est né à Wintzenheim le 19 mai 1923, et décédé à Mendès au Brésil le 19 mars 1988 

RECTO

Texte écrit au haut de la lettre en diagonale :
Hier ist meine Adresse : Jean (?) Pierre Zind – C.J.F. Comp. de Corbiac – Infirmerie - St Médard-en-Jalles (Gironde) Aber es ist besser nach : fr.Louis-Laurent – Château Du Moutet – St Genis-Laval (Rhône) zu schreiben.
*
Texte écrit dans la marge de gauche :
Nun liebes Brüderlein rede ich ohne dass ich von dir einen anderen Brief erlangen mochte, denn ich weiss wohl dass es schwer ist im Feld zu schreiben. Nun also noch erinnern : Viel Glück und Gesundheit (des Leibes sowie der Seele) für das Jahr 1944, sowie baldiges Wiedersehen, dein Bruder welcher für dich betet.
fr.Louis-Laurent

*
Campement de Corbiac, 10.1.1944
Liebes Brüderlein,
Es ist mit einer unbeschreibaren Freude, dass ich deinen Brief und dein Bild erhalten habe. Bilde es dir ein : der erste Brief seines Bruders seit mehr als zwei Jahren !...Und noch mehr : entlich habe ich jetzt deine Adresse!... Auch kaum hatte ich heute nachmittags ihn erhalten, so setzte ich mich sofort nieder um dir schnelle Antwort zuteilen. Jawohl, du wartest vielleicht schon lange auf sie, aber wie du es selbst siehst, sind wir weit von einander : du bist im „eintönigen Osten“Europa und ich im Süd-Westen, bei Bordeaux so dass die Post einen Monat befordet.
Zuerst danke ich dich für deine guten Neujahrswünsche und meinerseits sende ich dir die nemliche, zwar viel bessere wenn es möglich wäre. Doch es wäre zu schön wenn wir uns dieses Jahr bei unseren guten Eltern wieder beisammenfinden, denn ich bin sehr...

RECTO

Texte écrit en haut de la lettre en diagonale :
Voilà mon adresse : Jean (?) Pierre Zind C.J.F. Camp. de Corbiac - Infirmerie St Médard-en-Jalle (Gironde). Mais il vaut mieux envoyer le courrier à Frère Louis-Laurent – Château Du Moutet – St-Genis-Laval (Rhône)
*
Texte écrit dans la marge de gauche :
Voilà cher petit frère que je parle comme si je ne désirais pas un autre courrier de ta part, car je sais combien il est difficile d’écrire lorsqu’on est en campagne. Rappelons-nous : Beaucoup de chance et de santé (aussi bien du corps que de l’âme) pour l’année 1944, en espérant nous retrouver bientôt.
Ton frère qui prie pour toi
Fr. Louis-Laurent
*
Campement de Corbiac, 10.1.1944
Cher petit frère,
C’est avec une joie indescriptible que j’ai reçu ta lettre et ta photo. Imagine un peu : la première lettre de son frère depuis plus de deux ans ! Et bien plus encore : maintenant j’ai enfin ton adresse ! Aussi, à peine l’avais-je reçue cet après-midi, je me suis immédiatement installé pour te répondre rapidement. Evidemment, tu l’attends peut-être déjà depuis longtemps, mais, comme tu vois, nous sommes très loin l’un de l’autre ; tu te trouves dans la morne partie orientale de l’Europe, et moi dans le Sud-Ouest, près de Bordeaux, si bien qu’il faut un mois à la poste pour l’acheminement.
Merci tout d’abord pour tes vœux à l’occasion de la Nouvelle Année ; reçois les miens en retour, et, si c’était possible, qu’ils soient même meilleurs. Ce serait trop beau si nous pouvions nous retrouver cette année avec nos bons parents, mais je suis…

VERSO

...zweifelhaft auf das Kriegs Ende und nächstes… suivent deux lignes rendues illisibles par la censure militaire
Auch habe ich die feste Hoffnung, dass du, wie ich und die ganze Familie nach diesem Weltkataklismus wieder nunmal lebendig uns sehen werden.
Wie es dir wahrscheinlich aus Winzenheim angekündigt wurde, weiss du dass ich auf den „Chantiers de Jeunesse“ seit Anfangs Juli bin. Ich war zuerst bei „Nantua“ im Jura (852 m hoch). Dort macht ich meine Krankenwächterprüfung (ich war der Erste) , und kam nachdem in den „Beaujolais“ als Sanitäter während der Weinlese ! Zwischendurch ist das „Baccalauréat – Philo-Lettres“ mir gelungen. Seit Ende Oktober bin ich in einer Pulverfabrik bei Bordeaux als Sanitäter eingestellt : doch ich hoffe dass ich bald wieder nach St Genis-Laval kommen werde um dort meine Licence zu arbeiten.
Hier ist es kar nicht kalt : man könnte glauben man ist im Juli während einem Regentag.
Was die Gesundheit unseren guten Eltern sowie die Geschichte Onkel Ludwig* anbelangt, ist mir niemählich unterrichten geworden. Ja, bei uns hat auch der Krieg etwas von sich hintergelassen, doch der Wille Gottes gescheht !

*
Texte en marge gauche :
Lr. Füllrat ist seit Anfang Dezember Professor in St Genis und studiert gleichzeitig den ersten Teil des „Baccalauréat“ Onkel Albert ist immer noch in Pelussia und ich werde ihm deinen schönen Brief nachsenden.

VERSO

...réservé quant à l’issue de la guerre et … suivent deux lignes rendues illisibles par la censure militaire.
Et j’ai le ferme espoir que toi, comme moi et toute notre famille, nous nous retrouvons sains et saufs après ce cataclysme mondial.
Comme tu l’auras sans doute appris par Wintzenheim, je suis aux « Chantiers de Jeunesse » depuis le début du mois de juillet. J’étais d’abord près de Nantua dans le Jura (852 m d’altitude). J’y ai fait mon diplôme de secouriste (j’étais major), puis je me suis retrouvé dans le Beaujolais en tant que secouriste au moment des vendanges ! Entretemps j’ai réussi le « Baccalauréat – Philo – Lettres ». Depuis fin octobre je travaille en tant que secouriste dans une poudrière près de Bordeaux. Mais j’espère pouvoir bientôt retourner à St-Genis-Laval pour travailler à ma licence.
Ici il ne fait pas froid du tout ; on pourrait se croire en juillet par un jour de pluie…
En ce qui concerne la santé de nos bons parents ainsi que l’histoire d’oncle Louis*, je n’ai aucune information. Oui, chez nous aussi, la guerre laisse des traces… Mais que la volonté de Dieu soit faite !
*
Texte en marge de gauche :
Lr. Fullrat est professeur depuis début décembre à St-Genis et prépare en même temps la première partie du « Baccalauréat ». Oncle Albert est toujours en Pélusie et je lui transmettrai ta belle lettre.

Mais le petit frère n'aura plus le temps de lire cette lettre... 

* Il s'agit du boulanger et ancien maire de Wintzenheim Louis VOEGTLI, né le 30 décembre 1896 à Wintzenheim, arrêté en 1942 pour faits de résistance et mort en déportation le 29 juillet 1944 à Widdig (Allemagne)

Le 31 janvier 1944, une lettre annonce le décès de Jean Zind

Wintzenheim

Abschrift

Dienststelle der F.P.Nr. 444 80 B - O.U. 31.1.44
Herrn Karl Lind
Wintzenheim Kreis.Kolmar/Els.
Letzenbergstrasse 2
 
Im tapferen Einsatz gegen Banditen fiel am 29.1.44 bei dem Ort Shodino zwischen Minsk und Borissow in Weissruthenien Ihr Sohn Johann im Kampf um die Freiheit Grossdeutschlands in soldatischer Pflichterfüllung, getreu seinem Fahneneid für Führer, Volk und Vaterland. Am Abend des 29.1. war Ihr Sohn mit mehrern Kameraden als Streife zur Bahnsicherung eingesetst. Diese Streife wurde überraschend von einer stärkeren Bandengruppe ange-griffen. In tapferer Gegenwehr wurde Ihr Sohn durch eine Maschinenpistolengarbe getroffen. Kameraden, die sofort zur Hilfe eilten, konnten nur noch den Tod feststellen. Zu diesem herben Verlust möchte ich Ihnen und Ihrer Familie auch im Namen der Kameraden unsere tiefempfundene Teilnahme zum Ausdruck bringen. Die Kompanie wird Ihrem Sohn ein ehrendes Andenken bewahren. Er war ein schneidiger, pflichtbewuster Soldat. Die Aufgaben, die an ihn gestellt wurden, verlangten von einem jungen Menschen sehr viel. Johann hat sie immer mit grösster  Gewissenhaftigkeit erfüllt. Er war so seinen Kameraden ein gutes Beispiel. Bei seinen Vorgesetzten und Kameraden war er wegen seiner tadellosen Haltung und steten Einsatzbbereitschaft sehr beliebt. Die Bestattung Ihres Sohnes findet heute auf dem Heldenfriedhof in Borissow mit allen militärischen Ehren statt. Die Kompanie stellt hierzu eine Abordnung, die dem jungen Kameraden das letzte Geleit geben wird. Sie können in Ihren schweren Leid, das Sie betroffen hat, das stolze Bewusstsein haben, dass Ihr Sohn als tapferer Soldat für Führer, Volk und Reich sein junges Leben hingab.
In herzliechem mitgefühl
Ihr (unleserlich) Hauptmann

Copie

Feld-Post N° 444 80 B - O.U. 31.1.44
Monsieur Charles Zind
Winzenheim - Arrondissement Colmar/Als.
2 rue du Letzenberg [actuellement rue Aloyse Meyer]

C’est lors d’un engagement courageux contre des bandits que, le 29.1.44, votre fils, Jean, est tombé au champ d’honneur. C’est près du village de Shodino entre Minsk et Borissow [actuelle Biélorussie], que, fidèle au serment prêté au drapeau, il a accompli jusqu’au bout son devoir de soldat pour le Führer, le peuple et la patrie. Le soir du 29.1, votre fils patrouillait avec plusieurs de ses camarades, le long d’une voie ferrée. Cette patrouille a été attaquée par surprise par une bande ennemie plus importante en nombre. En opposant une riposte courageuse, votre fils a été fauché par une rafale de mitrailleuse. Ses camarades, accourus immédiatement pour lui porter secours, ont, malheureusement, dû constater son décès. Devant cette perte cruelle, je tiens, également au nom des tous ses camarades, à vous exprimer ainsi qu’à votre famille, ma profonde compassion. La compagnie gardera de votre fils un souvenir respectueux. D’un caractère empreint de droiture, il était un soldat conscient de son devoir. Les actions auxquelles il prenait part étaient souvent très exigeantes compte tenu de sa jeunesse. Jean a toujours accompli scrupuleusement son devoir et était un modèle pour ses camarades. Exemplaire et estimé par ses condisciples, il était également apprécié par ses supérieurs pour son attitude irréprochable et son engagement sans faille au combat. L’inhumation de votre fils aura lieu aujourd’hui dans le carré des héros du cimetière de Borissov où les honneurs militaires lui seront rendus. C’est une section de la compagnie qui escortera leur jeune camarade. Au plus profond de votre douleur vous pouvez être fier d’avoir un fils qui, en tant que soldat, a fait don de sa jeunesse et de sa vie au Führer, au peuple et à la patrie.
Avec notre profonde compassion,
Votre (signature illisible) Capitaine.

Jean ZIND est né à Wintzenheim le 8 février 1925, et mort le 29 janvier 1944 à Shodino, à l'âge de 19 ans.

Retranscriptions et traductions des courriers : Marie-Claude Isner

(archives de la Société d'Histoire de Wintzenheim, Photothèque SHW GF 094)


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