WINTZENHEIM.HISTOIRE

Hospice de Wintzenheim - Historique


Maison de retraite « Les Magnolias » des origines à 1905 (par Marie-Claude Isner)

L’EHPAD « Les Magnolias » fait partie des bâtiments municipaux de Wintzenheim aussi essentiels aujourd’hui à la vie des habitants que les écoles ou la mairie.
C’est certainement aussi l’un des bâtiments qui a connu le plus de modifications et de transformations pour s’adapter aux exigences médicales et de soins proposés aux personnes âgées ou handicapées.

Le 3 mars 1871 la commune de Wintzenheim devient propriétaire « d’une maison de campagne » sise l’entrée du village, lieu-dit Steingarten. Voir photo ci-dessous. C’est sans doute au début du XVIIIème siècle que les Tissot, avocats auprès du Conseil Souverain d’Alsace à Colmar, font construire une « maison de campagne ». Ce qui est certain, c’est que deux sœurs majeures, Suzanne et Marie Louise Tissot, propriétaires, vendent cette maison et ses dépendances situées à l’entrée de Wintzenheim le 23 brumaire de l’An 13 (le 24 novembre 1804) à Jean Baptiste Mourche, curé de Wintzenheim de 1784 à 1806. A son tour, il revendra le tout à M. Jean Pierre Morel, ancien percepteur de Wintzenheim le 15 avril 1807.

Le 27 juillet 1821, par devant le notaire royal Mr. Mathieu St Laurent, le bien est acheté par M. Henri Louis Lemolt, procureur du roi près le Tribunal civil de Colmar. Le bâtiment principal est un bâtiment d’environ 36 mètres de long. Il comprend une cave, un rez-de-chaussée et un grenier. A l’arrière du bâtiment, se trouvent « granges et écuries, 70 ares de jardin potager, verger, truffière et prairies » (sic) qui font partie de la propriété initiale. Avec l’adjonction de 25 ares de vignes et 30 ares de champs, c’est un bien immobilier cossu. Avec le mobilier (vins, tonneaux, etc.) le prix de la transaction est fixé à 9.000 francs.

L’acquéreur, Henri Louis Lemolt, a deux enfants : un fils, Louis André Lemolt, maire de Wintzenheim, décédé en 1842 sans héritier, et une fille Marie Thérèse, Agathe Lemolt, qui a épousé Théophile Popp, juge de paix à Colmar. L’unique fille du couple, Valentine Popp, est seule à recueillir l’héritage de son oncle maternel et de sa mère. Entrée en religion sous le nom de Sœur Théophile au couvent de la Toussaint à Strasbourg, elle souhaite vendre ce bien immobilier que tout le monde désigne sous le nom de « maison Popp ». Fin des années 1870 le montant de la vente est fixé à 16.000 francs.

A la même époque, la commune est à la recherche d’un bâtiment pouvant servir d’hôpital pour ses habitants. L’acquisition de « la maison Popp » idéalement située à l’entrée du village, permettrait de réaliser ce vœu. Malheureusement la commune est très endettée – construction de l’église, l’achat du bâtiment transformé en mairie, etc. Ce sera grâce à une avance importante de la part d’Antoine Herzog, que le Préfet autorisera la commune à acquérir cet immeuble. En effet, dans une lettre datée du 29 novembre 1868, Antoine Herzog fait part au maire de Wintzenheim qu’il a acheté la maison Popp, pour un montant de 29.000 frs (!) pour en faire don à la commune à la condition expresse de la transformer en hospice pour les plus nécessiteux. La cession se fera sous seing privé et ne sera pas enregistrée pour éviter deux mutations. Voir lettre ci-dessous. C’est le premier adjoint, Louis Grad qui représentera la commune de Wintzenheim dans l’acte de vente définitif signé le 03 mars 1870. Le bâtiment étant loué, il faudra cependant patienter encore quelques années avant de voir sa transformation en hospice.

La commune y fera faire divers travaux de rénovation et louera le bâtiment à divers locataires. En 1895, la création d’un hôpital est de nouveau à l’ordre du jour. En 1896 l’architecte F.X.Kruger propose une nouvelle construction répondant dans les moindres détails aux exigences sanitaires de l’époque. Ce projet pourrait être celui d’un hôpital cantonal, mais la somme nécessaire de 160.000 Mks marque la fin du rêve !

Après de longues discussions et de nombreuses péripéties la Municipalité fait le choix de transformer le bâtiment en hospice pour les nécessiteux de la commune. C‘est un architecte de Colmar, M. Bloch, qui fera les plans et établira les devis des travaux pour la construction de l’aile ouest, destinée aux hommes. Il demandera aussi à la commune d’assurer sa capacité de paiement. Le montant des frais sera de 26.000 Mks. L’empire allemand prendra 9.000 Mks à sa charge. La commune complétera avec des intérêts de placements divers mais aussi de prêts qu’elle devra rembourser.

En 1905, l’entreprise Frascoli construira le bâtiment ouest destiné aux hommes. Voir photo ci-dessous. Les sœurs de la congrégation de Saint-Joseph de Saint-Marc seront chargées de l’entretien courant et des soins. La commune prendra en charge les frais inhérents au bon fonctionnement de l’hospice.
Au fil du temps, diverses modifications permettront d’améliorer les conditions d’hygiène et de confort des pensionnaires et des personnels. Divers ajouts se feront, ainsi que deux reconstructions...

Aujourd’hui, « Les Magnolias » accueillent les personnes âgées dépendantes qui nécessitent des soins ou qui ne peuvent plus assurer les gestes de la vie quotidienne. Si le bâtiment n’est plus « à l’entrée du village », il reste néanmoins accessible et offre un cadre de vie agréable à ses locataires et une proximité appréciée par leurs proches.

Marie-Claude ISNER

Sources :
- Archives Municipales de Wintzenheim
- Délibérations du Conseil Municipal (1870-1905)


Wintzenheim

Dessin de la "maison de campagne" avec jardin de 21934 pieds carrés (soit 2038 m2), appartenant à la famille TISSOT.

Wintzenheim

29 novembre 1868 : lettre d'Antoine Herzog fils au notaire Hess de Wintzenheim

Vous avez sans doute déjà appris que j'ai fait l'acquisition de la propriété Popp et que je la destine à un hôpital pour la commune de Wintzenheim. Comme il y aura de longues formalités à remplir et que je désire éviter deux mutations, je vous prie de rédiger une vente provisoire sous seing privé qui ne sera pas enregistrée et qui sera détruite lorsque vous pourrez .... un contrat régulier entre Mlle Pope et la commune. Mademoiselle Pope aujourd'hui soeur Théophile m'écrit qu'elle vous fait remettre ses titres. Le prix de vente est de 29.000. Le capital payable suivant les désirs de la venderesse. Agréez mes dévoués saluts. Antoine Herzog.

Wintzenheim

Construction du pavillon des hommes par l'entreprise de maçonnerie Battista Frascoli 


Quelques compléments

En 1868, le Conseil Municipal est mis au courant que M. Antoine Herzog, industriel au Logelbach, envisage de faire donation d'une propriété à la commune afin de créer une maison de bienveillance pour les personnes nécessiteuses. Le maire, Martin Krick, en avise le préfet par lettre du 12 décembre 1868. Il s'agit des sections 674-675-676 du lieu dit Steingarten, d'une surface de 81,60 ares, dénommés propriété Popp. Cette propriété est composée d'un bâtiment et de ses annexes (5,75 ares), d'un verger et d'un potager de 30,25 ares et de 45,60 ares de pré. L'acquisition est décidée par le Conseil et le maire est chargé de sa réalisation.

Wintzenheim

Lettre du maire de Wintzenheim, datée du 12 décembre 1868, au préfet du Haut-Rhin, lui demandant la marche à suivre pour réaliser la transaction entre Antoine Herzog et la commune (ADHR)

Cette propriété avait appartenu en 1830 à M. LEMOLT, conseiller royal à Colmar, puis à sa fille Agathe Charlotte, qui avait épousé en 1936 Charles Théophile POPP, notaire à Wintzenheim puis juge de paix. Un autre résident était le receveur.

Par lettre du 17 décembre 1868, le Préfet informe le Conseil Municipal de l'intention de M. Antoine Herzog d'effectuer une donation publique sous conditions. Le préfet met la commune en garde : le juge de paix et le receveur continuent d'occuper les lieux. L'hospice ne pourra donc pas se créer et devrait être transféré au Logelbach. Cependant, les deux locataires ne veulent pas endosser la responsabilité de ce transfert.

Le 10 mai 1870, Conseil Municipal met l'affaire à l'ordre du jour. Les conditions d'acquisition semblent favorables : la promesse de vente pour 16.000 Francs tient, un don anonyme de 18.900 Francs a été accepté. La situation de la maison est jugée intéressante : elle est hors du village et près de la route. D'autre part la création d'un hospice est nécessaire et revêt un caractère d'urgence.

Une expertise des biens immobiliers est ordonnée. Les conclusions sont déposées dans un rapport établi contradictoirement par Louis Grad pour Mlle Popp et Louis Braun, propriétaire, pour la commune en date du 28 avril 1870.

Le percepteur Scherer est chargé de l'enquête publique qui a lieu le 28 mai 1870. Il conclut son rapport : « le bureau était ouvert de 8 heures du matin à 4 heures de l'après midi. Personne ne s'est présenté ni pour approuver ni pour contester.» L'avis favorable est dont délivré.

Suit un rapport de l'inspecteur Départementalal des Etablissements de bienfaisance du département du Haut-Rhin. Son avis est défavorable au motif que : « la maison est bien située mais pas appropriée convenablement pour servir d'hospice», mais l'inspecteur laisse la décision de l'acquisition à la commune qui sera responsable de l'utilisation de l'immeuble.

Source : Extrait d'un article publié par Gérard Zehler dans Annuaire de la Société d'Histoire de Wintzenheim N° 9 - 2005  

Wintzenheim Wintzenheim

Plan cadastral de 1828 : les parcelles 674, 675 et 676 avec la maison qui deviendra l'hospice.
Au milieu, la route Colmar-Munster, actuellement rue Clemenceau,
à droite, le Leimengrubweg, actuellement rue des Trois-Châteaux,
en bas, le Rehlandweg, actuellement rue du Maréchal Joffre.
(Archives Municipales de Wintzenheim)
 


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