Notre petite commune, située dans la charmante vallée de
Munster, a été le théâtre d’un terrible accident.
A proximité de la maison forestière d’Aspach et du champ de
tir du même nom, deux groupes d’ouvriers étaient occupés à couper des arbres. Il
était environ neuf heures du matin lorsque l’un des groupes se réunit pour
préparer son petit-déjeuner.
Dans un sentier de la forêt, les ouvriers allumèrent un feu
pour se chauffer. Le garde-forestier Schirmer, qui avait désigné les arbres
devant être abattus, s’associa au groupe et causa avec les ouvriers. Au bout de
quelques minutes, une légère pluie commença à tomber. Pour s’abriter, on porta
des brandons enflammés sous un arbre ; tout le monde se groupa autour du feu et
prit le petit déjeuner. A un moment la conversation tomba sur les obus qui,
depuis la guerre, sont restés dispersés dans la forêt, comme si les malheureux
avaient pressenti la mort qui les guettait.
Le déjeuner était terminé et le forestier avait déjà quitté
ses ouvriers en leur disant : « Au revoir et travaillez bien ! », lorsque,
subitement, une terrible détonation projeta tout le monde par terre. M. Schirmer
retourna immédiatement vers le groupe d’ouvriers qu’il trouva dans un état
lamentable. Les uns, les vêtements en lambeaux, baignaient dans leur sang et
poussaient des cris déchirants. Le garde-forestier lui-même était blessé à la jambe.
Un obus, caché dans l’herbe à proximité de l’endroit où le
feu avait été allumé, avait fait explosion. Un hasard tragique voulut que, juste
à cette place où les ouvriers se reposaient, fût caché l’engin mortel.
Les ouvriers du deuxième groupe accoururent, immédiatement
et portèrent secours à leurs malheureux camarades. M. Schirmer, garde-forestier
envoya immédiatement un des hommes qui n’avait pas été touché, à la forge pour
demander du secours à Wintzenheim et à Colmar. Lui-même, appuyé sur deux
ouvriers, se traîna à la maison pour se faire panser.
Bientôt, MM. Woelflin et Gerigg arrivèrent sur les lieux de
l’accident et portèrent secours aux blessés. Des soldats de la C. M. 1 du 152èmc
R.I., qui se trouvaient à proximité, accoururent également et, sous la direction
du capitaine Berret, prodiguèrent leurs soins aux pauvres mutilés. L’un de
ceux-ci, Henri Schwartz, expira au moment même où on lui mettait son pansement.
Quelque temps après, M. Meyer, maire de Wintzenheim et
conseiller général, le Dr Pflimlin, trois gendarmes et les gardes champêtres
Birgy, Meyer et Herrmann, arrivèrent. Le Dr Pflimlin donna les premiers secours
médicaux aux blessés et organisa leur transfert immédiat à l’hôpital civil de
Colmar. L’auto sanitaire qui bien vite s’était transportée sur les lieux de
l’accident, les ramena aussitôt.
Le cadavre du malheureux Schwartz fut transporté sur une
civière ornée de branches de sapin à Wintzenheim, son pays natal. Schwartz, qui
n’avait que 28 ans, était marié et père d’un enfant.
La deuxième victime est Joseph Schuller, célibataire et âgé
de 25 ans. Il était domicilié à Husseren : le malheureux était horriblement
mutilé, ayant les deux jambes fracturées et une cuisse littéralement
déchiquetée. En outre, il avait de nombreuses et terribles blessures aux bras, à
la figure et sur tout le corps. Dès son arrivée à l’hospice civil de Colmar, les
derniers Sacrements lui furent administrés. Quelques instants après, il était mort.
Trois autres ouvriers, domiciliés à Husseren, ont été
blessés. Ce sont : Eugène Klopfer, célibataire, dont les blessures sont graves
et mettent sa vie en danger. Les deux autres blessés sont moins grièvement
atteints. M. Sonnelitter a perdu trois doigts. Il est âgé de 27 ans, marié et
père d’un enfant. M. Joseph Kirchhoffer a une fracture compliquée d’une jambe :
il est âgé de 42 ans et père de trois enfants.
L’émotion causée par ce terrible accident est très vive à
Walbach et dans toute la région.
Dans le charmant vallon de l'Erschlecht, aux confins de la forêt communale de
Wintzenheim, sur le chemin du Staufen, se niche la croix des bûcherons qui vient
d'être restaurée par la commune de Wintzenheim.
Depuis quelque temps elle
gisait à terre, la base pourrie avait cédé sous les coups de boutoir d'une
bourrasque.
Le maire de Wintzenheim alerté par le Club vosgien a réagi
promptement et les services municipaux ont remis en état, dans leurs ateliers,
cette humble croix en bois, témoin de l'histoire locale. Elle commémore en effet
le décès accidentel à cet endroit, le 9 octobre 1923, de trois bûcherons, suite
à l'explosion d'un dépôt de munitions de la première guerre mondiale. Les
victimes étaient originaires de Husseren- les Châteaux, il s'agit de Eugène
Klopfer né en 1892, Henri Schwartz né en 1895 et Joseph Schuller né en 1898.
La croix a sans doute été érigée par la commune de Wintzenheim pour qui
travaillaient ces hommes, il y a près de 100 ans.
Source : DNA du mercredi 8 mai 2013
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Ici sont morts le 9.10.1923 par accident trois braves bûcherons victimes de leur devoir : KLOPFER Eugène, SCHWARTZ Henri, SCHULLER Joseph, Priez pour eux La Commune de Wintzenheim |
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