La tulipe sauvage s'appelle aussi tulipe des vignes. Au Rotenberg, mi-avril 2018 (photo Guy Frank)
Parmi les espèces caractéristiques du vignoble, on ne peut faire l'impasse sur la plus emblématique : la tulipe sauvage dite aussi tulipe des vignes. Il y a quarante ans encore, elle colorait tout le vignoble de son tapis jaune vif dès le mois d'avril. Elle annonçait dans notre région viticole l'arrivée des beaux jours. À cette époque, à elle seule, la tulipe symbolisait une authentique harmonie entre les hommes cultivateurs et la nature libre. Elle s'accommodait parfaitement du sol des vignes régulièrement entretenu par sarclage traditionnel. Le travail des hommes, tout en éliminant la concurrence végétale des autres herbes, n'atteignait pas le bulbe enfoui à 25 cm sous la surface.
Débarrassée ainsi de ses voisines naturelles, la tulipe s'épanouissait seule, imposant sa couleur à l'ensemble de la parcelle cultivée. La cohabitation avec la vigne était idyllique dans la mesure où la précocité du géophyte qui cesse de profiter de la nourriture du sol dès la mi-mai ne gênait nullement le plant de vigne.Les besoins nutritifs de ce dernier ne démarrent qu'avec l'émergence des feuilles et la floraison c'est-à-dire au mois de mai. Tulipe et vigne savaient donc parfaitement partager l'espace et le temps puisque leurs besoins sont naturellement décalés. Au XIXe siècle, dans sa « Flore complète de France », Gaston Bonnier considérait déjà la tulipe sauvage comme espèce rare. Rare à l'échelle nationale, la tulipe ne l'était guère dans le vignoble alsacien et ceci, dans les années 1970. A cette époque, les produits chimiques biocides venaient renforcer les moyens de lutte traditionnels contre les « mauvaises herbes ». Ce fut le début d'une implacable élimination de la tulipe des zones cultivées.
Son inscription en 1982, sur la liste des plantes protégées de France (arrêté du 13 janvier 1982) n'y changeait rien : en stipulant que destruction, déterrage, arrachage et vente sont interdits, l'arrêté n'empêcha pas la prolifération du vrai fléau destructeur : l'emploi massif des herbicides et des pesticides. Ces nouvelles substances tueuses, ne laissant aucune chance au monde végétal, venaient à bout de la moindre plantule qui avait la malencontreuse tradition d'exister sur le sol des vignes. Au cours des décennies 1980 et 1990, la tulipe avait quasiment disparu du vignoble et ne subsistait que dans quelques rares parcelles. Elle a trouvé un autre refuge sur certains talus et dans les vergers préservés au cœur du vignoble. Depuis quelques années, la profession viticole est sensibilisée et l'espoir réside dans un changement profond et rapide des pratiques culturales. Lorsque ce progrès déjà en cours pour un respect de toutes les formes de vie entrera véritablement dans toutes les mœurs, peut-être redécouvrirons nous des vignes jaunes de leurs tulipes au mois d'avril. Ainsi la vigne regagnera ses lettres de noblesse : redevenir ce lieu de vie pour les splendeurs imaginées par la nature libre.
Source : L’ALSACE du 4 mai 2006
Au Rotenberg, mi-avril 2018 (photo Guy Frank)
Promeneur, ouvre tes yeux ! En attendant les vignes en fleurs, voici les fleurs des vignes. Photographiées tout au long du mois d’avril 2017 sur le ban de Wintzenheim en Alsace, dans les vignes, au bord des chemins, sur les talus. Un herbier virtuel, en quelque sorte, qui se termine par la vue désolante des vignes « brûlées » par les gelées des 20 et 21 avril.
Copyright SHW 2023 - Webmaster Guy Frank